Extraits naturels de mémoires

Mémoires d'écrivains, journalistes ou éditeurs : extraits pouvant être utiles à l'étude des littératures populaires ou de l'édition.

Nom :
Lieu : France

Kinésithérapeute ( physical therapy, physiotherapy ). Collectionneur de fascicules populaires. Collaborateur, sous le pseudonyme "Ignatz Mouse", des forums "BDFI" et "A propos de Littérature Populaire".

18 septembre 2008

Eric Losfeld : Endetté comme une mule...

Eric Losfeld : "Endetté comme une mule, ou La passion d'éditer"
( Paris, Belfond, 1979, 226 pages )


"Je suis né de mère tisserande et de père inconnu. Les premières publicités lumineuses géantes clignotaient sur la Tour Eiffel, mais c'était pour Citroën, et moi, je vagissais à Mouscron alias Moscroën, dans les Flandres"
( page 16 )

Bien entendu, je ne suis pas aussi fier de toutes mes lectures de jeunesse. Autant je reste persuadé que les Essais de Paul Bourget sont encore lisibles maintenant, autant j'ai des doutes, et le mot est faible, en ce qui concerne Jean de Letraz que j'ai également dévoré ! Pas ses pièces de théâtre, mais une série de romans qui étaient en fait des pastiches, voire des plagiats, modernisés, de Colette et de Willy : Nicole à l'école, Nicole en ménage, Nicole se marie... Bref, c'était Nicole, mais ce n'était pas Claudine. Je pense que ça essayait d'être un peu plus franchement libertin. Je n'en ai pas gardé un souvenir impérissable. J'en parle pour montrer que je n'ai pas eu une culture dirigée."
( page 17 )

19 juillet 2006

Roland Dorgelès : Quand j'étais montmartrois

Roland Dorgelès : "Quand j'étais montmartrois"
( Paris, Albin Michel, 1936, 320 pages )


"Ceux d'entre nous qui peignaient ne trouvaient, pour acheter leurs toiles, que des amateurs lésineurs ou bien des marchands en plein vent, qui leur offraient dix francs d'un paysage qu'on revendrait un jour vingt mille. Les écrivains devaient intriguer, jouer des coudes, pour parvenir à glisser un sonnet dans des revues insoupçonnées qu'eux seuls savaient découvrir chez quelque imprimeur famélique, et si, ayant besoin de manger, ils se risquaient dans la grande presse, on leur offrait deux sous la ligne pour rédiger des faits divers, ou bien on leur payait vingt francs un conte de deux colonnes, que le rédacteur en chef avait l'air de prendre avec des pincettes.
C'est un aveu qui me coûte, mais nos physionomies ne plaisaient guère aux gens en place. Ils nous trouvaient encombrants, insolents, arrivistes, ignorants, mal élevés, bref tout ce que les personnes d'un certain âge ont coutume de reprocher à leurs cadets. Pas un de nous, pas un seul, ne fut aidé par un aîné illustre -écrivain ou peintre arrivé- qui aurait pris le débutant par la main pour lui faciliter les premiers pas. Ce parrainage, sans doute, était passé de mode. Les hommes célèbres nous ignoraient résolument, et je crois que cela devait les distraire de nous voir nous débattre, rageurs et honteux, avec les marchands, les éditeurs, les directeurs, qui ne se lassaient pas de nous répondre "non" et multipliaient les embûches devant nous, comme si nous avions joué au jeu de l'oie."
( pages 14 & 15 )

"Aussi, serrés autour de notre longue table, à la terrasse de la rue des Saules, tout en buvant des consommations à quatre sous, passions-nous des soirées à nous mentir l'un à l'autre, faisant des certitudes avec nos désirs et de l'ironie avec nos chagrins.
De toute la bande, Filloux le boiteux était le plus amer. Venu à Paris pour terminer son Droit, il avait tout lâché pour la littérature. A part quelques sornettes qu'il écrivait pour vivre dans des journaux illustrés, on ne connaissait encore de lui qu'un titre. Celui d'un roman vécu qui bouleversait le siècle : Une Canaille chez les honnêtes gens."

( page 60 )

"Ce rouspéteur, tout le monde l'a reconnu ? C'est Courteline parbleu, c'est l'immortel La Brige, c'est le sieur Trielle de La paix chez soi, qui, las d'ajuster des mots qui se rebiffent dans un parfum d'encre à deux sous, a besoin de respirer l'air pur des brasseries.